TDAH adulte et montagnes russes émotionnelles : comprendre les phases de down et d’hyper-énergie

Avant de passer à la lecture ou à l'écoute de l'article dans lequel je creuse davantage le sujet, tu peux déjà commencer par regarder cette vidéo d'introduction de moins de 10 minutes dans laquelle je pose le contexte :

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VERSION AUDIO DE L'ARTICLE

Si tu es comme moi, que tu préfères écouter plutôt que lire, j’ai enregistré cet article en version audio.

Tu peux l’écouter tranquillement comme un podcast pendant une balade, en cuisinant, en conduisant ou même en te reposant.

Durée de l'audio : 38 minutes 40

INTRODUCTION TDAH ET VARIATIONS ÉMOTIONNELLES

Passer d’un épuisement total à une énergie débordante en un claquement de doigts peut être déroutant. Pourtant, chez l’adulte avec un TDAH, ces fluctuations d’humeur et d’énergie sont bien plus fréquentes qu’on ne le pense. On traverse des phases de fatigue intense malgré un sommeil suffisant, une perte d’élan profond et des pensées négatives… puis, soudainement, l’énergie revient, la clarté mentale refait surface avec l'envie d’entreprendre mille projets.

Ces montagnes russes émotionnelles soulèvent souvent une question importante : s’agit-il simplement du fonctionnement du TDAH, d’un déséquilibre hormonal, ou de la présence de comorbidités comme des troubles de l’humeur ?

Dans cet article, je partage mon expérience personnelle et je t’explique, de manière simple et accessible, les mécanismes neurobiologiques qui peuvent être à l’origine de ces changements d’humeur soudains.

L’objectif n’est pas de poser un diagnostic en ligne, mais de mieux comprendre ce qui se joue en toi, afin de mieux appréhender ces phases de "down" et de "up".

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EN BREF DANS CET ARTICLE

Dans cet article, nous allons voir :

  • Pourquoi les fluctuations d’humeur sont fréquentes dans le TDAH adulte ;

  • Le rôle de la dopamine, du système nerveux et des hormones ;

  • Comment différencier TDAH, cyclothymie et trouble bipolaire ;

  • Pourquoi il ne faut jamais prendre de décision en état instable ;

  • Les leviers concrets pour stabiliser son énergie au quotidien.

SOMMAIRE :

1. DU BROUILLARD TOTAL À UNE ÉNERGIE DÉBORDANTE

Lundi matin, je me suis réveillée fatiguée. Pas "j’ai mal dormi", mais fatiguée, épuisée, lessivée… et ce, après presque 10 heures de sommeil. Je n’arrivais pas à sortir du lit, appuyant sur le bouton « snooze » du réveil toutes les dix minutes pour reculer l’échéance le plus possible. C’était comme si mes yeux refusaient de s’ouvrir, comme si mon corps refusait de bouger. Une fatigue lourde, dense, écrasante. Celle qui te vide et qui te fait tout remettre en question dans ta propre vie.

Je suis allée travailler tant bien que mal, en mode zombie, avec cette sensation de me traîner, comme si je portais un sac de sable de vingt kilos sur les épaules. À midi, je suis rentrée. Je n’avais même pas faim, j'avais juste ce besoin profond de ne rien faire, de me caler sur le canapé, sous le plaid avec mes deux chats, à jouer sur mon téléphone. Rien d'autre. Aucun élan, aucune énergie. Juste du brouillard, des pensées sombres et des remises en question.

Cette rengaine a duré mardi, mercredi, jeudi et vendredi. Puis, samedi matin : réveil d’un coup à 6 heures du mat. Les yeux grands ouverts comme des billes, en mode pile électrique. Mon cerveau allait vite, les idées s’enchaînaient. L’élan était revenu d’un coup comme si on avait soudainement rallumé la lumière dans une pièce restée sombre toute la semaine.

En refaisant le fil de mes réflexions de ces cinq derniers jours, je me disais “mais c’est dingue à quel point je passe d’un état de burrn out à un état euphorique en un rien de temps !”. J’avais comme l’impression d’avoir deux version en moi : une positive, pleine d’énergie, d’entrain, de bonne volonté, capable de soulever des montagnes, en mode “tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil” et cette autre Jenni, négative, dépressive, à se questionner sur l’utilité de cette vie (côté obscur de la Force).

📌 Alors forcément, la question s'impose :

Comment peut-on passer du brouillard total à une énergie débordante sans déclencheur particulier apparent ? Est-ce une instabilité émotionnelle, une fragilité, un problème hormonal, un trouble de l’humeur ou simplement le fonctionnement d’un cerveau TDAH ? C’est là que la science intervient

2. COMPRENDRE LES FLUCTUATIONS D’HUMEUR DANS LE TDAH ADULTE

Avant de parler d’instabilité, de fragilité ou de « problème », il faut parler cerveau. Ce que je vis — et que beaucoup de femmes avec un TDAH vivent régulièrement — n’est pas un trait de caractère, c'est un fonctionnement neurobiologique particulier.

QUEL EST LE RÔLE DE LA DOPAMINE DANS LE TDAH ?

La dopamine est un neurotransmetteur clé. Elle intervient dans la motivation, la concentration, le plaisir, l’anticipation et la régulation émotionnelle. Autrement dit, elle participe à ce qui nous donne l’élan d’agir et la capacité de maintenir cet élan dans le temps.

On entend souvent dire que le TDAH serait lié à un "manque de dopamine". Cette affirmation n’est pas totalement vraie. La dopamine n’est pas absente. Le cerveau TDAH en produit. Le véritable enjeu se situe surtout dans la manière dont elle est régulée et transmise. Auourd’hui, on parle plutôt de dysrégulation du système dopaminergique.

Pour comprendre la différence, il est intéressant de comparer le fonctionnement d’un cerveau neurotypique et celui d’un cerveau TDAH.

COMMENT FONCTIONNE LA DOPAMINE DANS UN CERVEAU NEUROTYPIQUE ?

Chez une personne neurotypique, lorsqu’une activité apporte de l’intérêt ou du plaisir, le cerveau libère de la dopamine dans des zones clés, notamment le circuit de la récompense et le cortex préfrontal.

Cette dopamine reste disponible suffisamment longtemps dans l’espace entre les neurones pour transmettre un message clair :

« Cette activité me procure du plaisir. Continue, j’en veux encore ! »

Le signal est relativement stable. La motivation s’installe progressivement, l’attention peut se maintenir dans la durée et les émotions sont stables. La dopamine est libérée, agit, puis est recaptée à un rythme équilibré. Le système fonctionne comme un thermostat bien calibré : il ajuste, amortit, stabilise. Il n’y a pas de variation brutale d’un extrême à l’autre. L’élan peut diminuer avec le temps, mais il ne s’effondre pas soudainement sans raison apparente.

COMMENT FONCTIONNE LA DOPAMINE DANS UN CERVEAU TDAH ?

Dans le TDAH, ce mécanisme est plus instable. Les recherches suggèrent qu’il peut exister, dans certaines régions impliquées dans l’attention et la motivation, une disponibilité plus courte de la dopamine ou une recapture plus rapide.

Concrètement, cela signifie que le signal chimique — le fameux message « continue, j’en veux encore » — peut s’éteindre plus vite que dans un cerveau neurotypique.

Résultat : l’intérêt peut retomber comme un soufflet qu’on aurait sorti trop tôt du four, entrainant un effondrement de la motivation et rendant l’effort à fournir soudainement beaucoup trop coûteux pour ce qu’il nous rapporte. Et tout cela sans que l’environnement ait réellement changé. Ce n’est pas que l’on est “lunatique”, “instable”, que l’on “ne sait pas où on a mal”. C’est simplement que le signal interne qui soutenait cet élan s’est affaibli plus rapidement. C’est un processus biochimique sur lequel nous avons peu de contrôle direct.

À l’inverse, lorsqu’une activité est très stimulante, plaisante ou nouvelle, la libération de dopamine peut être plus intense. Cela peut entraîner une forme d’euphorie : sensation d’être une pile électrique chargée à bloc, impression d’être inarretable, invincible, capable de soulever des montagnes. 

C’est aussi ce qui explique l’hyperfocus : cette capacité à rester concentrée sur une activité du matin au soir sans voir le temps passer, comme absorbée dans une faille spatio-temporelle. On devient comme obnubilée, "accro". On n’a d’yeux que pour ce projet, cette passion… parfois même cette personne. On peut en oublier de manger, de boire, de se doucher, de se reposer.

Puis, du jour au lendemain, tu passes du tout au rien en un claquement de doigts. Désintérêt total sans comprendre le pourquoi du comment. C’est la chute du signal dopaminergique. Et c’est ce contrasteentre intensité maximale et retombée soudaine — qui alimente ces fameux "up and down", ces montagnes russes émotionnelles si épuisantes.

LE SYSTÈME NERVEUX : ENTRE MODE ÉCONOMIE D'ÉNERGIE ET MODE TURBO

La dopamine n’est pas la seule en jeu. Le système nerveux autonome régule également notre niveau d’activation via deux grands modes : le mode parasympathique (repos, récupération) et le mode sympathique (activation, action).

Dans le TDAH, cette régulation peut être beaucoup plus sensible. Certains jours, le corps semble être en mode économie d’énergie : lenteur, fatigue, réelles difficultés à initier les tâches. Bref, un vrai zombie. Et d’autres jours, c’est l’inverse opposé : flot de pensées, idées qui fusent, énergie à fond les ballons, si bien qu’on ne sait plus où donner de la tête. On peut alors avoir l’impression d’être deux personnes différentes, et même opposées. Alors qu'en réalité, c’est le même cerveau qui oscille entre deux extrêmes.

LE FACTEUR HORMONAL : POURQUOI LES FEMMES TDAH SONT ENCORE PLUS CONCERNÉES

Chez les femmes TDAH, les fluctuations hormonales ajoutent une couche de complexité supplémentaire. Les œstrogènes soutiennent l’activité dopaminergique. Ainsi, lorsqu’ils chutent — notamment en phase prémenstruelle — les symptômes du TDAH peuvent s’accentuer de manière frappante.

Cela se traduit par une fatigue plus marquée, une irritabilité, une hypersensibilité accrue et une baisse de concentration. Ces variations peuvent amplifier considérablement les phases de "down". Puis, dès que les hormones remontent, l’énergie peut revenir tout aussi rapidement. Là encore, ce n’est pas une question de volonté ou encore de personnalité, mais le résultat d'une interaction biologique complexe.

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3. TDAH, CYCLOTHYMIE OU TROUBLE BIPOLAIRE : COMMENT NE PAS TOUT CONFONDRE ?

C’est à ce moment-là que le doute s’installe. Parce qu’un "down" de quelques heures, on peut se dire que c’est un coup de fatigue. Mais cinq jours d’affilée ? Sans déclencheur évident ? Forcément, la question se pose : est-ce "juste" le TDAH… ou autre chose ?

LES FLUCTUATIONS DANS LE TDAH : SOUVENT RÉACTIVES ET VARIABLES

Dans le TDAH adulte, les variations d’énergie et d’humeur sont fréquentes. Elles ont tendance à être rapides, intenses, liées au contexte ou influencées par la fatigue, le stress et le cycle hormonal.

Parfois, il y a un déclencheur clair : un conflit, une surcharge, un rejet ou une frustration. D’autres fois, c’est plus diffus. L’accumulation de micro-stress, une dette de sommeil, un hyperfocus prolongé, trop de social ou une charge mentale invisible finissent par saturer le système et le corps finit par dire "stop". Un "down" peut alors durer plusieurs jours ; ce n’est pas impossible dans le TDAH, même si ce n’est pas automatique.

LA CYCLOTHYMIE : UNE ALTERNANCE PLUS CHRONIQUE

La cyclothymie est un trouble de l’humeur appartenant au spectre bipolaire. Elle se caractérise par des phases d’humeur basse modérée alternant avec des phases d’humeur haute modérée sur une durée chronique (souvent plusieurs semaines).

Ici, les fluctuations ne sont pas uniquement contextuelles : elles s’installent dans le temps et ne sont pas toujours liées à un événement extérieur. Elles peuvent modifier le fonctionnement global, comme le sommeil, l’appétit, l’impulsivité ou le niveau d’activité. La différence majeure réside dans le fait que les variations sont plus structurées dans le temps et moins directement dépendantes de l’environnement immédiat. Autrement dit, dans le TDAH, il y a forcément un déclencheur, ce qui n’est pas le cas dans la cyclothymie.

LE TROUBLE BIPOLAIRE : DES ÉPISODES CARACTÉRISÉS

Le trouble bipolaire, quant à lui, implique des épisodes beaucoup plus marqués, qui peuvent durer plusieurs mois comme des épisodes dépressifs majeurs ou des épisodes maniaques/hypomaniaques. Ces phases répondent à des critères cliniques précis : réduction importante du besoin de sommeil, sentiment de toute-puissance, comportements à risque ou altération significative du fonctionnement quotidien. On n’est plus dans une simple variation d’énergie, mais dans un épisode clinique.

ALORS… COMMENT SAVOIR ENTRE TDAH, CYCLOTHYMIE ET BIPOLARITÉ ?

Il faut être honnête : on ne peut pas poser un diagnostic en lisant un article de blog, ni en s’auto-analysant sur une seule semaine. Ce qui compte réellement, ce sont la durée, la fréquence, l’intensité, l’impact sur la vie quotidienne et l’historique global.

Cinq jours de "down" d’affilée peuvent être un crash lié à une surcharge, être amplifiés par les hormones ou une dette nerveuse, tout comme ils peuvent faire partie d’un trouble de l’humeur. La seule manière d’y voir clair est l’évaluation psychiatrique. L'idée n'est pas de coller une étiquette, mais de comprendre ton terrain et surtout de pouvoir apporter une réponse qui correspond vraiment à tes besoins, qui représente réellement ce qui se passe dans ta vie.

CE QUE JE ME DIS PERSONNELLEMENT

Dans mon cas, ces cinq jours consécutifs m’ont fait me poser la question. Parce que oui, c’est long. Mais je sais aussi que j’ai traversé des périodes de surcharge, que mon système nerveux est sensible et que mes cycles hormonaux influencent énormément mon énergie.

Alors au lieu de tirer une conclusion hâtive, j’observe. Je note, je prends du recul et je continue à en parler avec des professionnels. Car le vrai enjeu n’est pas de savoir immédiatement "ce que j’ai", mais de relever des tendances, des "patterns" pour savoir comment réagir dans ces phases lorsqu'elles surviennent.

Et c'est justement ce que j'ai fait. Le week-end précédent, des amis sont venus dormir à la maison. Le week-end d'avant, c'était la belle famille. Et entre-temps, j'ai continué à travailler et même à faire des heures supplémentaires à l'association. J'ai aussi eu mes règles. Alors, avec le recul, je pense que c'est le fait de ne pas avoir eu de jour de calme et de repos durant 3 semaines qui font que mon corps à dit "stop". Trop d'activités, trop de sollicitaions, trop de lien social, un rythme de sommeil perturbé, une alimentation qui change, les menstruations qui font leur arrivée... Et patatra, un gloubi boulga probablement responsable de cette dégringolade.

4. LA RÈGLE QUI M’A SAUVÉE PLUS D’UNE FOIS : NE JAMAIS DÉCIDER DANS UNE TEMPÊTE

Si je devais retenir une seule chose de ces montagnes russes émotionnelles, ce serait celle-ci : on ne prend jamais de décision définitive dans un état temporaire. Ni en "down", ni en "up" parce que nos décisions sont fortement influencées par l'état émotionnel dans lequel on se trouve.

Quand je suis dans un "down", tout me paraît insurmontable. Je remets en question mes projets, je doute de mes choix et je me demande ce que je fais encore ici. Mais dans ces moments-là, ce n’est pas la réalité qui parle : c’est un cerveau en mode économie, en mode survie. À l'inverse, quand je suis en phase haute, je veux lancer dix projets à la fois, j’ai des idées qui fusent dans tous les sens. Je me sens capable de tout faire, de tout changer et de tout transformer. Là encore, ce n’est pas forcément la réalité ; c’est un cerveau en mode turbo.

Dans les deux cas, l’erreur serait la même : prendre une décision structurante. Quitter son job, rompre une relation, lancer un projet énorme ou faire un investissement important. Quand l’état interne est instable, la perception l’est aussi, que l’on soit d’un côté ou de l’autre. Parce que quand on est au fond du trou, on ne se sent capable de rien. Mais quand on est en mode super woman, on se pense capable de tout mais cet état ne dure pas. Quand l’effervescence redescend, on peut au contraire s’en vouloir de ne pas être à la hauteur, de ne pas arriver au bout de tout ce qu’on a déterminé en phase de “up”. Et ça devient alors contre productif.

Alors aujourd’hui, j’ai une règle simple : quand je sens que je ne suis pas stable, je décale. Je note l’idée, mais je la laisse reposer au moins trois jours (parfois une semaine). Je regarde si elle tient encore la route quand mon état change. Souvent, elle se transforme. Parfois, elle disparaît. Et parfois, elle s’ancre enfin. Mais dans tous les cas, elle n’est plus dictée par la tempête du moment.

5. QUE FAIRE CONCRÈTEMENT QUANT ON VIT CES FLUCTUATIONS ÉMOTIONNELLES ?

Comprendre les mécanismes à l’œuvre est une première étape indispensable pour reprendre un peu de pouvoir, donner de la matière à notre mental. C'est ce qu'n appelle de la psychoéducation. Mais cela ne suffit pas. Pour ne plus subir ces variations d’énergie (ou du moins les apaiser), j’ai mis en place plusieurs stratégies concrètes au quotidien.

1. OBSERVER AVANT D’AGIR

Le premier outil est l'observation parce qu’on ne peut pas réguler ce qu’on n’observe pas. Je note régulièrement mon niveau d’énergie, mon humeur, la qualité de mon sommeil et, surtout, la période de mon cycle hormonal. Avec cela s'accompagne des notes comme des éléments déclencheurs. Avec le temps, des schémas apparaissent. Identifier tes propres cycles est une des clé pour arrêter d'être surprise par tes propres émotions.

2. ALLÉGER EN PHASE DE “DOWN”

Quand je sens le “crash” arriver, je change de stratégie : je réduis mes exigences, je simplifie mon agenda au maximum, je décale mes rendez-vous et je me concentre sur le “minimum vital”. Je me lâche la grappe. Il est essentiel de comprendre que ce n’est pas abandonner, c’est agir de manière stratégique pour préserver ton système nerveux et permettre une récupération plus rapide. Reculer pour mieux sauter.

3. CANALISER EN PHASE DE “UP”

À l'inverse, quand l’énergie est là, le piège est de vouloir tout faire en même temps. J’apprends désormais à choisir une seule priorité, à fractionner mes tâches et à éviter de multiplier les engagements sur le long terme. Je réflechis avant de me lancer tête baissée dans un nouveau projet. Je dis “peut-être” au lieu de dire “oui” de suite et de le regretter ensuite. Je ne promet jamais rien à personne. L’élan est une ressource précieuse, mais s’il est mal canalisé, il mène inévitablement à un nouvel épuisement. Droit dans le mur.

4. STABILISER LE TERRAIN DE MANIÈRE HOLISTIQUE

Les difficultés que l’on rencontre dans le TDAH ne se règlent pas en appliquant simplement quelques techniques de productivité, en adoptant quelques outils d’organisation et quelques exercices de psychologie positive. Le TDAH est un trouble multifactoriel qui nécessite d’agir de manière globale sur différents leviers comme l’environnement dans lequel on évolue, le sommeil, l’alimentation l’activité physique, l’état d’esprit, mais aussi sur certaines fonctions du corps comme la respiration, le système cardiaque ou encore les hormones. Parce que le TDAH ne se soigne pas. Mais il est possible d’atténuer, le cas échéant de compenser certains symptômes pour en limiter les conséquences négatives. Comme des sortes de tampons pour palier aux fluctuations et reprendre peu à peu le contrôle de sa vie.

5. LA MÉDICATION QUAND C'EST POSSIBLE

La médication, lorsqu’elle est indiquée, peut aider à réguler certains symptômes en modulant la transmission dopaminergique. Elle peut être d’une grande aide. Encore faut-il pouvoir avoir accès à un parcours médical avec un psychiatre. Toutefois, elle ne remplace en aucun cas le mode de vie holistique : l’observation, l’hygiène de vie ou l’accompagnement thérapeutique. C’est un outil qui nécessite un suivi médical rigoureux. Encore une fois : pas d’auto-diagnostic et pas d’auto-traitement. Et surtout, bien garder en tête que les alternatives naturelles et la médication sont complémentaires. Aucun d’eux ne remplace l’autre.

6. SE FAIRE ACCOMPAGNER QUAND ON A UNE SUSPICION DE TDAH

Quand l’énergie est au raz des pâquerettes, on oublie qu’elle remontera. On voit le verre à moitié vide (voire carrément vide). On a envie de voir personne. On se sent inutile, bon à rien. On se demande ce qu’on fait sur cette terre. C’est dans ces moments que le collectif devient précieux. Parce qu’en phase de down, on n’a pas seulement besoin de comprendre. On a besoin d’un cadre, d’un rappel, d’un soutien d'autres personnes qui nous comprennent, qui savent ce que l'on vit et qui sont les mieux placées pour nous redonner un coup de boost.

Et quand on est dans une phase haute, on croit pouvoir tout gérer. On se sent pousser des ailes, capable de gravir des montagnes. Des projets en veux-tu en voilà, des idées plein la tête, une énergie débordante qu’on a envie d’exploiter à fond. On ne sait plus où donner de la tête. Mais c’est aussi dans ces moments-là qu’on a besoin d’un oeil extérieur qui nous retient de foncer tête baisser dans tout ce qui nous passe sous le nez, au risque de se surcharger, de se bruler les ailes et de s’en vouloir quand le niveau d’énergie chute.

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À RETENIR

  • Les fluctuations d’humeur dans le TDAH adulte sont fréquentes et liées à une dysrégulation neurobiologique.

  • Un down peut durer plusieurs jours, surtout en cas de surcharge, de stress ou d’influence hormonale.

  • Il est essentiel de ne pas s’auto-diagnostiquer : seule une évaluation professionnelle permet de distinguer TDAH, cyclothymie ou trouble bipolaire.

  • On ne prend jamais de décision définitive dans un état temporaire.

  • Observer ses cycles et stabiliser son mode de vie sont des leviers puissants pour mieux appréhender et réguler son énergie.

  • Oser demander de l'aide et se faire accompagner pour ne pas rester seule.

6. CONCLUSION SUR LES MONTAGNES RUSSES ÉMOTIONNELLES DANS LE TDAH ADULTE

Les fluctuations d’énergie et d’humeur quand on a un TDAH ne sont pas un trait de personnalité, un défaut de caractère. Ce ne sont pas non plus des caprices, ni des preuves que tu n’es « pas stable ». Ce sont simplement les variations d’un système neurobiologique sensible, parfois amplifiées par le stress, les hormones ou l’épuisement accumulé.

Ce qui fait la différence, ce n’est pas de chercher à supprimer ces variations à tout prix. C’est d’apprendre à les reconnaître, à ne pas leur donner plus de pouvoir qu’elles n’en ont, et surtout à ne pas prendre de décision hative et définitive aussi bien en phase de down qu’en phase de up. L'essentiel est de ne pas rester seule parce que dans les deux cas, on peut se laisser influencer par cet état émotionnel.

Comprendre son fonctionnement, ce n’est pas se coller une étiquette : c’est reprendre la main sur sa propre vie. Si tu te reconnais dans ces montagnes russes, sache une chose : tu n’es pas une drama queen. Tu as simplement besoin d’un mode d’emploi adapté à ton fonctionnement unique. Et la bonne nouvelle, c'est que cela s’apprend.

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LA FAQ FLUCTUATIONS D’HUMEUR ET TDAH ADULTE

Un “down” de plusieurs jours est-il possible dans le TDAH adulte ?

Cela peut arriver, notamment après une période de surcharge, d’hyperfocus ou de stress prolongé. On parle parfois de “crash dopaminergique” pour décrire ce phénomène, même si ce terme reste une simplification.

Cependant, si ces épisodes deviennent fréquents, durent plusieurs semaines ou altèrent fortement ton fonctionnement, il est essentiel de consulter pour évaluer s’il existe un trouble associé.

Comment différencier TDAH et trouble bipolaire ?

Dans le TDAH, les variations d’humeur sont souvent réactives au contexte : fatigue, conflit, surcharge, stimulation intense.

Dans le trouble bipolaire, les épisodes (maniaques, hypomaniaques ou dépressifs) sont plus structurés, plus durables et répondent à des critères cliniques précis.

Seul un psychiatre peut poser un diagnostic fiable après une évaluation complète.

Le cycle féminin influence-il les symptômes du TDAH ?

Chez de nombreuses femmes, oui. Les œstrogènes interagissent avec les systèmes dopaminergiques. Lorsqu’ils chutent, notamment en phase prémenstruelle, les symptômes peuvent s’intensifier.

Mais l’intensité varie selon les personnes et le terrain global.

La médication stabilise-t-elle les fluctuations d’humeur ?

Les traitements du TDAH peuvent aider à réguler certains symptômes en modulant la transmission dopaminergique.

Ils ne suppriment pas la sensibilité émotionnelle ni l’impact du stress ou des hormones.

Ils s’inscrivent dans un accompagnement global qui inclut hygiène de vie et compréhension de son fonctionnement.

Est-il possible d’atténuer ces montagnes russes émotionnelles ?

Oui, en observant ses cycles, son niveau de fatigue, ses périodes de surcharge, les éléments déclencheurs et ses propres ressentis.

L’objectif n’est pas d’éliminer toute fluctuation, mais de mieux les reconnaître pour adapter son rythme et réduire l’impact des phases difficiles.

Il est aussi indispensable de surveiller son hygiène de vie et d’adapter son environnement pour mettre en place des habitudes qui soutiennent notre fonctionnement atypique : alimentation, activité physique, cosmétiques, sommeil, minimalisme.

L’enjeu ici est surtout de minimiser au maximum les facteurs de stress qui sont (et ce n’est que mon point de vue personnel) l’ennemi n°1 de tout être sur cette terre, particulièrement lesTDAH.

L’hypersensibilité joue-t-elle un rôle dans les fluctuations de l’humeur ?

Souvent, oui. Le TDAH s’accompagne fréquemment d’une sensibilité accrue aux stimulations sensorielles et émotionnelles.

Une surcharge peut épuiser le système nerveux plus rapidement et favoriser un basculement vers une phase de down.

Et pour aller encore plus loin, le moindre déclencheur, la moindre frustration peut déclencher une phase de down. Ce qui peut sembler anodin pour les neurotypiques peut être un véritable tsunami pour les neuroatypiques.

Pourquoi ai-je l’impression d’être paresseuse en phase de down ?

Parce que de l’extérieur, cela ressemble à de l’inaction. Et l’inaction est souvent cataloguée de feignantise.

Mais dans le TDAH, il s’agit souvent d’une difficulté d’initiation liée aux circuits motivationnels.

Remplacer la culpabilité par la compréhension permet déjà de réduire la spirale négative. Faire preuve de bienveillance envers soi est une des clés pour retrouver confiance et estime de soi.

Avec Amour & Bienveillance

Jenni